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Déjà…

Il y a un an, déjà…

 

Je me réveille… Avant la sonnerie du réveil matin. Je me réveille, encore, au Danemark. Mais cette fois-ci, je me réveille dans ta ville. Je ne suis qu’à quelques dizaines de minutes de chez toi, qu’à quelques heures de te rencontrer…

Le soleil est déjà haut dans le ciel, alors que je vérifie que tu n’as pas annulé notre rencontre, encore au chaud sous mon duvet. Je fais une toilette rapide, prépare mon sac et consulte une dernière fois mes courriels et le trajet d’autobus.

Assise, ma sacoche sur les genoux, mes yeux passent de la vue de cette ville que je ne connais pas encore à l’écran qui annonce les prochains arrêts. Les noms sont encore tellement exotiques pour moi, je dois être attentive, pour ne pas rater mon arrivée.

En voyant les enseignes du centre commercial où nous devons nous rencontrer, mon coeur s’emballe. C’est bien vrai maintenant…

Il y a à peine six mois, je ne te connaissais ni d’Ève ni d’Adam. Je ne me doutais même pas de ton existence. Six mois, et maintenant, je vais rencontrer un ami. Je marche rapidement, longeant le mur de brique, et je me demande si tu seras à la porte de Bilka… Rapide vérification sur internet, tu m’attends à l’intérieur.

Je me faufile entre les allées, contournant les clients qui font leurs emplettes de tous les jours, ne s’imaginant pas qu’ils assisteront à une rencontre hors du commun. Cachée dans le rayonnage, je te cherche du regard… J’espère attraper ta silhouette dans la foule, avant que tu ne me remarques. Je suis nerveuse, et ces quelques secondes d’avance sur toi me donneraient de l’aplomb. Du moins j’aime me le faire croire.

Pas de chance, je ne te trouve nul part, et je dois m’en remettre à t’écrire pour te dire de sortir de ta cachette… et bien sûr, c’est pendant que j’ai les yeux baissés sur ma tablette que ta voix résonne, reconnaissable d’entre toutes, dans mon dos!

Du grand toi!

Tu es finalement là. En chair, en os et en voix! Je remarque tout de suite que tu portes le même t-shirt que sur ton avatar, et je trouve l’attention mignonne. Ce n’est certainement pas pour que je te reconnaisse. Comment pourrais-je jamais me méprendre en te voyant arriver? De tes six pieds quatre, et avec ta tête toute blanche et tes yeux bleus perçant, ce serait de la mauvaise volonté de ma part.

Tu portes un sac de plastique, et un bouquet de pissenlits qui ont (comme on le dit par chez nous) mangé de la misère. Tu me l’avais promis, et tu es un homme de parole. Je n’en mesure pas encore la portée, nous ne nous connaissons pas encore très bien, mais je le sens.

Les salutations d’office sont si naturelles, qu’on pourrait croire que nous avons dîné ensemble la semaine passée. Je n’ai pas osé tendre la main, ou m’avancer pour te donner des becs bien Québécois. Je ne suis au Danemark que depuis peu, et même si tu es Américain, j’imagine que tu as pris les coutumes après près de trente ans. Je ne veux pas causer de malaise.

Avec un sourire rayonnant, tu m’invites à te suivre au buffet. Tu trouves vraiment très drôle le fait de m’inviter à bruncher, alors que je ne vais te coûter que 2$… 10 kroner dans les faits.  Ce serait donné ici à Montréal, mais au Danemark, c’est presque comme payer les gens pour les nourrir.

Je ne peux m’empêcher de te regarder remplir ton assiette, minutieusement. Du pain, de la confiture, quelques tranches de fromage et de charcuteries… Un grand café, noir. Tu es plus grand que nature, plus grand que je ne l’avais anticipé, et je me sens toute petite derrière toi.

C’est impressionnée que je te suis, jusqu’à la table près du grand mur vitré. Tu ne le réalises pas, mais cette rencontre est bien plus, pour moi, que la somme d’un américain transplanté au Danemark, et d’une petite québécoise de passage, autour d’un brunch improvisé.

C’est la concrétisation d’une belle amitié, et pour moi, la chance de rencontrer mon mentor. Celui qui m’a prise sous son aile quand j’ai lancé mes mots dans l’univers de la bloggerie. Celui qui m’a encouragée, soutenue, inspirée.

J’ai peur d’être déçue, de ne rien avoir à dire et de te décevoir. Mais aussitôt nos assiettes déposées, la conversation coule comme si nous nous connaissions depuis toujours. Nous discutons de nos blogs bien sûr, mais aussi de nos vies… Nous partageons des anecdotes de nos derniers six mois d’échanges trans-atlantiques.

Tes doigts se tordent au dessus de ton assiette vite vide. C’est le seul signe de nervosité que je peux lire en toi.  Tu souris, et ris beaucoup, et de bon coeur. Tes yeux brillent dans le soleil qui entre par la fenêtre, et je devine que c’est pareil pour moi.

Nous parlons un bon moment, mais le temps file à toute allure avec toi. Voyant qu’il sera bientôt temps de se dire aurevoir, je me penche et attrape un cadeau apporté de l’autre côté de l’océan. Ton visage s’illumine un peu plus à la vue du livre que je te remets. Je ne comprends toujours pas comment tu peux lire des livres entiers sans connaître la langue dans laquelle ils sont écrits (tu as l’habitude de plonger le nez dans des livres allemands, alors que tu ne parles même pas la langue), mais tu sembles content d’en avoir maintenant un en français pour faire changement.

A ton tours, tu plonges la main dans le sac de plastique sur la table, et en sors un cellulaire dans un étuit de cuirette blanche. Tu m’expliques rapidement son fonctionnement, et les modalités de mon abonnement pour les trois semaines de mon voyage au pays des Vikings.

J’écoute vaguement, trop impressionnée encore par ce geste d’une incroyable gentillesse. En apprenant que je ne possédait pas de téléphone, tu m’en as trouvé un usagé, et m’a gracieusement offert 21 jours de liberté et de sécurité supplémentaire.

Je tourne et retourne le cellulaire entre mes mains. Je savais que tu me l’offrirais, mais je réalise à peine que tu étais sérieux. Tu crois sincèrement que ce n’était que “la bonne chose à faire” comme je voyage seule, et ça ne fait que renforcer mon sentiment de reconnaissance.

Nous plions bagages, et marchons vers la sortie du magasin. J’ai rendez vous avec la fille qui m’accueille chez elle pour la nuit, et tu dois retourner à la maison pour ne pas inquiéter ta femme, qui ne peut pas comprendre notre amitié.

La rencontre, comme ce billet, a été bien trop courte.

Dehors, tu offres de me reconduire en ville, pour m’éviter l’autobus de retour. J’ose espérer que c’est plutôt pour nous grapiller quelques minutes de plus de bavardage et de ricanements. La balade est joyeuse, je n’ai pas envie de sortir de la voiture. J’aurais envie de te dire “soyons fous, partons à l’aventure…” mais je sais que la vie, c’est plus compliqué que ça.

Tous les deux maladroits au moment de dire aurevoir, nous échangeons des remerciements, et cherchons les mots pour se laisser aller, moi à l’aventure, et toi à la routine… J’ai envie de presser mes joues contre les tiennes, mais je sais que ce n’est pas d’usage ici. Que diraient les gens de voir une jeune femme se jeter au cou d’une tête blanche comme la tienne dans la voiture garée. J’ai peur qu’une bise te mette mal à l’aise, qu’elle attire les regards de gens que tu pourrais connaître, et qui en tireraient de fausses impressions.

Je descend enfin… ou plutôt “déjà”.

Trop tôt à mon goût. En espérant de tout mon coeur que la vie fera se recroiser nos chemins bien vite. Bien vite, et souvent encore…

Un souhait qui ne m’a jamais quittée depuis.

 


 

I wrote this in French for several reasons… But firstly because I wrote this post for me. To remind me of the first meeting with someone very special, a year ago. I wanted to revisit that day, and lay down the memories as if I was sending myself a postcard from the past. French is my language, my roots, and words flow more easily in French, even if most of you won’t understand them.

I don’t expect readings, likes and comments… This is a selfish post.

And to you, my dear friend, and partner in crime, thank you for being the sweet, caring, brilliant, funny and understanding person that you are. My only regret in our story, is that I am not the one who can claim to have found the other 😉

 

 

 

 

 

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2 thoughts on “Déjà…

    1. Merci beaucoup, Gildas 🙂 Oui, c’est bien le récit véritable de la première rencontre avec un ami cher, lors de ma première visite au Danemark… Je suis heureuse que mes souvenirs aient su vous toucher 🙂

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